Les populations qui se sont progressivement installées à partir de 2.500 av. J.-C. dans le nord de l'Europe et la Scandinavie actuelle se sont réparties en un certain nombre de peuples dont les plus connus sont les Jutes, les Angles, les Saxons, les Danois, les Goths et les Varègues.


La période viking que nous connaissons bien se situe entre la fin de l'Empire Romain d'Occident (environ 400 apr. J.-C.) et l'époque aboutissant à la christianisation du Danemark et de la Norvège (950 apr. J.-C.).


Cependant cette période ne constitue qu'une phase particulière dans la longue histoire des populations scandinaves qui sont remontées du centre de l'Europe à travers les forêts et les marécages qui couvraient alors l'Allemagne du nord, vers le Jutland et la Scanie.


Les recherches effectuées ces dernières années par l'institut de Copenhague notamment ont permis de mieux cerner l'histoire de ces peuples pour lesquels, en absence d'écrits, notre connaissance n'était que fragmentaire.

 


La datation des gravures rupestres de Tanum, les découvertes récentes sur la momie "Egtved Girl, les fouilles d'Oseberg, la découverte de nouveaux corps ou objets dans les tourbières permettent de mieux comprendre la longue histoire des Vikings.  

   

     

 V15-DK-680 schleswig Gottorf section préhistorique femme préhistoriquePhoto Michel Ledeuil : musée de Gottorf : visage de femme pré-historique

 

Les traces de la civilisation   

  • Les tombes à chambre et les dolmens

À une époque couvrant 3.250 à 600 ans av. J.-C., les populations installées en Scandinavie ont construit des sépultures sous forme d'allées couvertes donnant accès à des chambres mortuaires.

Les tombes étaient enfouies dans des tumulus mesurant parfois trente mètres de longueur sur quatre mètres de hauteur.

 

V13DK-605B Château de Gottorf galerie préhistorique maquette tumulus

Photo Michel Ledeuil  maquette de Tumulus à chambre simple musée de Gottorf à Schleswig

    

V13DK-610 Château de Gottorf galerie préhistorique maquette tumulus

Photo Michel Ledeuil : musée de Gottorf à Schleswig : exemple de tumulus à chambres multiples réalisé à partir des années 3.250 av. J.-C. dans la partie nord du Jutland

 

 

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Photo Michel Ledeuil : Dolmen dans la région d'Aarhus au Jutland

      

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Photo Michel Ledeuil : entrée d'allée couverte à Moesgard près d'Aarhus

 

A partir de 1.500 av. J.-C., les populations ont construit des sépultures sous ciste renfermant un sarcophage formé d’une partie de tronc de chêne sectionné par le milieu et excavée pour y placer le défunt.

Ce type de sépulture s'est développé dans les régions sablonneuses et marécageuses, dans lesquelles les pierres sont peu nombreuses. La plus belle découverte a été faite en 1921 dans la région d'Egtved

 

  • Les gravures rupestres

Après s'être installées dans le Jutland et la Scanie, les populations prévikings sont remontées vers le nord, par la Suède, le long de la Baltique et du Skagerrak. Ils ont développé une civilisation dont nous connaissons peu de choses, mais qui se traduit par des gravures rupestres révélatrices des croyances et des modes de vie à partir de 1.500 av. J.-C. et durant un millénaire.


Les populations ont tout d'abord vécu de la pêche, de la chasse, puis de l'élevage et de l'agriculture. Les gravures nous montrent des cerfs et des élans que l'on pourchasse, des vaches, des charrues, des moulins à farine, des navires.     


La confrontation entre les clans a provoqué des guerres pour s'approprier des terres plus fertiles ou pour le vol de troupeaux. C'est ainsi que l'on voit de nombreux guerriers munis de haches sur ces gravures.

Les femmes sont peu présentes, mais elles apparaissent quelques fois, de manière stylisée, avec une longue queue de cheval pour coiffure. Elles participent aux travaux domestiques en faisant tourner les moulins à grain.


Deux scènes poignantes et instructives ont été découvertes. Il s'agit d'une femme qui tire sur la berge le corps d'un homme qui s'est sans doute noyé au cours d'un naufrage et une femme qui donne la vie. La vie est représentée par des petites boules appelées cupules.

 

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Photo Michel Ledeuil : gravures rupestres de Tanum :  femme se lamente devant le corps de son mari lors d'un retour de pêche

        

V15-DK-6415 Tanum site de Fossum

Photo Michel Ledeuil : gravures rupestres de Tanum une jeune femme qui donne la vie symbolisée par une cupule

 

Les tombeaux vikings

A partir des années 500 av. J.-C., les rites funéraires ont évolué. De nombreuses découvertes attestent ce changement qui est illustré par le superbe site archéologique de Lindholm Hoje **  et par les fouilles d'Oseberg***.

  • Lindholm Hoje

Les pierres qui marquent les traces de près de 700 tombes se dressent dans ce champ où viennent paître aujourd’hui des moutons. Ce site a été habité durant plusieurs siècles puis abandonné par les habitants à cause des changements climatiques. Le vent avait poussé le sable le long de cette pente et les fermiers migrèrent sans doute vers des terres plus fertiles.

 

On a trouvé des traces de plusieurs villages et même des maisons construites au-dessus de certaines tombes. En absence d’indication, il faut supposer que la terre s’appauvrissait vite et que les fermiers se sont déplacés d’un côté de la colline à l’autre au fil du temps.

La plupart des corps étaient incinérés. Autour des restes étaient placés quelques ustensiles ou bijoux ayant appartenu aux défunts. Les rites funéraires, la disposition des lieux, les détails vestimentaires, les scènes de la vie quotidienne sont magnifiquement illustrés dans le petit musée situé à proximité du site.

 

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Photo Michel Ledeuil : Lindholm Hoje : les pierres recouvrant les tombeaux

     

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Photo Michel Ledeuil : Lindholm Hoje : tombeaux en forme de navire

  • Les fouilles d'Oseberg

Dans le fjord d'Oslo, trois tombeaux gigantesques ont été découverts entre 1867 et 1904.

Il s’agit de tumulus au-dessous desquels se trouvaient trois grands drakkars.


Les mieux conservés sont ceux d’Oseberg et de Gokstad. Les fouilles ont permis de retrouver de très nombreux objets placés dans la chambre funéraire et sur le pont du navire de celui d'Oseberg ainsi que des squelettes de nombreux chevaux ou chiens tout autour du navire.


Les squelettes retrouvés dans les chambres funéraires n’ont pas permis de déterminer l’identité des personnes ensevelies. À Oseberg, il y avait deux corps de femmes.

Certains chercheurs pensent qu’il s’agit de la reine Åsa Haraldsdottir d’Agder et de sa suivante. Le tombeau aurait été érigé vers 840 apr. J.-C. 


V16-DKNorge 3633 Bateau Viking dOseberg V16-DKNorge 3650 Bateau Viking de Gokstad    V15-DK-3405 Bateau Viking dOseberg tête période classique
Photos Michel Ledeuil : musée d'oseberg à Bygdoy  : les navires d'Oseberg de Gokstad et un détail d'un traineau

 

  • Les pierres runiques

Les pierres runiques ont été dressées auprès de sépultures de personnages illustres comme à Jelling où Harald à la Dent Bleue a fait eléver deux grands tumulus à la mémoire de son père le roi Gorm et de sa mère, la reine Thiva.

 

La majorité d'entre elles datent du quatrième siècle au dixième siècle après J.-C. Les messages écrits en rune ont permis de connaitre de nombreux faits historiques. dans l'écriture rune, chaque signe correspond à un son.

C’est ainsi que le nombre de signes, réduit à 16 au cours des âges, fournit toute la phonétique des langues germaniques au départ et des langues scandinaves qui garderont ce principe d’écriture jusqu’au milieu du moyen-âge.

 

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Photo Michel Ledeuil : la grande pierre runique de Jelling

     

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Photo Michel Ledeuil : musée national de Copenhague pierres runiques

 

Les croyances

  • Les dieux vikings

Les dieux vikings sont issus de deux familles, les Ases et les Vanes. Ils résident sur l’Asgard et sont reliés au royaume des Hommes par le Bisfröst.

 

V15DK-10680 Copenhague Glyptoteque le dieu Odin réalisé par Bissen

Photo Michel Ledeuil : Le dieu Odin statue de Bissen

      

Odin est le dieu le plus puissant. Il est considéré comme le dieu universel. Aidé par sa femme Frigg, il a donné naissance à tous les autres dieux de la lignée des Ases.

 


Odin a créé l’homme et la femme à partir de deux troncs d’arbres. Il les a créés à l’image des dieux en leur insufflant l’esprit, la vaillance, le désir et l’amour.

 

 
Freyja est de la famille des Vanes. C'est avec Frigg, la plus éminente des déesses vikings. Ses attributions sont nombreuses : C'est la déesse de l'amour, de la protection du foyer et de la guerre juste. 

 

Les autres principaux dieux sont Thor le plus valeureux, Baldur le dieu des lamentations, Njörd le dieu du vent, Freyr, le dieu de la moisson, Tyr, le dieu des batailles, Bragi, le dieu de la sagesse, Loki, le dieu des mensonges.

 

 

  • Les sacrifices humains

Les sacrifices humains étaient pratiqués durant plus de quatre siècles. Plus de trois cents corps ont été découverts à ce jour dans les tourbières du Jutland et en Allemagne du Nord.  

Trois corps ont été retrouvés dans le marais de Bjaeldskovdal à une dizaine de kilomètres de Silkeborg. Le corps de la femme d’Elling a été découvert en 1938 et celui de l’homme de Tollund a été extrait en 1950.


Ils ont été immolés par pendaison dans les années 200 av. J.-C. Un autre corps, l’homme de Gauballe a été exécuté d’un coup de hache.


Dans les mêmes marais, de très nombreux objets précieux ont été retrouvés : chariot sculpté, chaudron, dague finement ciselée… Ils sont exposés au musée national de Copenhague

        

V13DK-1792 Silkeborg musée lhomme de Tollund

Photo Michel Ledeuil : la tête momifiée de l'homme de Tollund

On ne sait pas si ce rituel était fréquent ou s’il s’agissait de sacrifices liés à des circonstances exceptionnelles. Les Celtes pratiquaient également des sacrifices humains à la même période.    

 

Le début de la colonisation

Lorsque la population se faisait trop nombreuse pour que les terres conquises sur la toundra et les bancs de sable, puissent la nourrir, des hommes ont poussé plus loin, vers le nord, pour découvrir d'autres terres où ils pouvaient créer, pour leur compte, de nouvelles tribus puis des royaumes. 

 

L'invention de nouvelles techniques pour construire des bateaux rapides qui utilisaient la voile de jute carrée et les rames, leur permit de remonter le long des côtes hostiles de la Norvège.

 

Cette colonisation provoqua de nombreuses guerres car les colons avaient besoin de femmes, qu'ils emmenèrent lors d'expédition vers le Jutland et de nourriture, car les terres de Norvège étaient arides et l'agriculture et l'élevage ne pouvaient s'y développer.  

 

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Photo Michel Ledeuil : Roskilde le grand drakkar dans le musée Viking

      

V13DK-2870 Roskilde tempète sur le fjord et entrée au port 

Photo Michel Ledeuil : Roskilde traversée en drakkar par gros temps

 

La colonisation vers l'ouest et vers l'est

Vers l'ouest, et durant plus de 4 siècles, les Vikings ont effectué des sauts de puces d'une île à l'autre en recherchant tantôt de nouvelles terres, tantôt des richesses qu'ils pillaient pour les échanger contre de la nourriture, des armes, des fourrures et des objets de la vie quotidienne.  

Il est donc difficile de distinguer ce qui relève des pillages, de la colonisation et des échanges commerciaux.

 

Il y a cependant une tendance lourde : les Varègues et les Goths qui se trouvaient devant des terres inhabitées mais avec de nombreuses forêts et des grands fleuves ont pu, sans difficulté, construire des comptoirs devenus par la suite des grandes villes comme Kiev ou Novgorod.

En descendant les fleuves, ils sont rentrés en contact avec des civilisations très avancées, les Byzantins notamment, et ont pu développer leur commerce.


Les Jutes, les Angles, les Saxons et les Danois, plus nombreux et avec une forte population de fermiers sont partis à l’aventure pour conquérir de nouvelles terres.

Leur démarche correspond aux migrants américains. Ils n’hésitent donc pas à massacrer les populations indigènes, à s’accoupler avec les femmes en âge de leur faire des enfants, à s’approprier les terres et à développer des colonies.

Ils ont créé de nouvelles patries. Le Danelaw en Bretagne, l’Angleterre actuelle, en Normandie, en Basse-Indre, puis en Écosse, aux shetlands, en Islande et au Groenland.

 

V15-DK-19810 Hillerod le slot fresque         V15-DK-19830 Hillerod le slot fresque
Photos Michel Ledeuil : Fresques dans le château de Frederiksborg à Hillerod : expédition dans le brouillard vers l'Occident et pillage d'une cité chrétienne


Le déplacement vers l’ouest s’est fait progressivement. Dans certains cas, les migrants se sont fondus avec les populations indigènes, dans d’autres cas, ils ont trouvé des terres vierges, comme en Islande par exemple.  

 

Mais les Vikings islandais n’ont jamais connu leur pays d’origine et lorsqu’ils sont devenus trop nombreux en Islande, certains sont partis vers le Groenland, puis à partir du Groenland, vers le Labrador.

 

V15-DK-4400 Oslo galerie nationale Leiv Eirikson découvre lAmérique réalisé par Chrsitian Krohg en 1893 Photo Michel Ledeuil :  Oslo galerie nationale Leiv Eirikson découvre

l'Amérique tableau réalisé par Christian Krohg en 1893

                              

Il n’y a donc jamais eu d’expéditions vikings qui s’écartaient de plusieurs centaines de kilomètres de terres connus et la présence d’îles, à leur latitude tous les deux cent cinquante kilomètres environ a permis une colonisation progressive.

 

Les Vikings de Norvège ont une attitude un peu différente. Il n’y a pas de terres arables pour nourrir la population locale et les hommes partent en expédition, non pas pour créer des colonies, mais pour ramener dans leurs tribus, l’objet de leurs rapines.


C’est pourquoi à l’exception de Dublin, les Norvégiens n’ont pas bâti de villes, ni de comptoirs. D’ailleurs les Vikings norvégiens seront constamment un danger pour les Vikings danois qui doivent résister maintes fois à des expéditions guerrières.

 

 


L’attaque de Roskilde, la capitale des premiers rois de Danemark, par les vikings norvégiens, qui est parfaitement mise en scène dans le musée Viking de Roskilde***, en est une parfaite illustration. 

 

La Christianisation des Vikings

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Photo Michel Ledeuil : Stavkirke à Bygdoy

                       

Le premier roi viking qui se convertit au christianisme est Harald à la Dent Bleue. Il imposa la nouvelle religion et construisit une église à Roskilde, sa nouvelle capitale.


La conversion au christianisme a permis aux rois du Danemark d'asseoir leur domination sur tous les autres peuples de la région et de se protéger du Saint-Empire Romain Germanique avec lequel ils avaient une frontière commune dans la région de Schleswig.


Les royaumes de Norvège, de Suède, d'Angleterre, les terres d'Islande, du Groenland, et le duché de Schleswig-Holstein étaient des états vassaux.


La conversion au christianisme fut donc avant tout un acte politique et de ce fait fut très lente car la population restait fidèle aux anciens dieux vikings.

 

Les révoltes furent nombreuses, mais pour faciliter l'assimilation de la nouvelle religion, on conserva dans les églises de bois debout, appelées Stavkirke, des attributs de l'ancienne religion dans les décorations.  

 

Les stavirkes norvégiennes de Bygdoy ou d'Heddal font cohabiter à l'extérieur et dans la décoration intérieure, les croix chrétiennes et les dragons.


 

 

V16-DKNorge 3297A Stavkirke à Heddal

Photo Jeannine Ledeuil : Stavkirke d'Heddall en Norvège 

        

V15-DK-4925 Oslo galerie historique ornement en bois

Photo Michel Ledeuil: musée historique d'Oslo décoration de stavkirke

 

Pour d'autres informations sur l'histoire viking vous pouvez vous reporter à l'article de présentation du contexte historique du roman "la Jeune Fille d'Egtved".