Briséis

 Briséis est une jeune et belle esclave appartenant à Achille qui en a fait sa maîtresse.

 

Son personnage apparaît dans le récit d'Homère lors de la querelle d’Achille et d’Agamemnon à propos de Chryséis


 

Extrait du roman Hélène de Troie reine de Sparte


La scène se déroule dans le palais de Sparte, dans les appartements de la reine entre Hélène et son mari Ménélas :


C'est Hélène qui raconte : 


Nous n’avons repris notre discussion qu’après avoir déjeuné, à l’ombre, dans la loggia qui prolongeait mes appartements et donnait sur le parc. Nous évitions ainsi les heures les plus chaudes.



Je voulais que mon mari, Ménélas, me raconte l'épisode de la guerre de Troie ayant abouti à la querelle entre Achille et Agamemnon. 



 

Il se fit tirer l'oreille puis admit, presque à regret.



-   Hector était un général valeureux. Nous le craignions tous à cause de son intelligence au combat. Il entrainait ses hommes et enfonçait nos lignes. Nous avons eu de nombreuses pertes. Je crois qu’il voulait venger les assassins de la famille de sa femme, Andromaque, mais sans mettre en danger les forces phrygiennes. C’était un sacré tacticien alors que nous n'avions à lui opposer que notre brutalité et le nombre.


-   Vous étiez plus nombreux ? Je haussais les sourcils.

 

-   Oui, nous avions sans cesse des renforts alors que Troie ne pouvait disposer que de mercenaires hittites.

 

Il hocha la tête. Je lui proposais de boire un peu et j’appelais une servante.


Après qu’il se soit désaltéré, je mis ma main sur la sienne pour l’inviter à continuer son récit.


 

-   Lorsqu’il a su qu’Achille refusait de se battre, Hector savait qu’il pouvait réaliser de nombreuses sorties. Il a même pu mettre le feu à plusieurs de nos vaisseaux.

 

-   Mais ? Pourquoi Achille refusait-il de se battre alors qu’il se trouvait au milieu de ses Myrmidons et avec une armure qui le rendait invincible ?

 

-   Pour une affaire de femmes.

 

-   Ah bon ? Vous n’avez vraiment pas de chance. C’est toujours les femmes qui vous posent problème.

 

Ma douce moquerie le fit rire. Il but un peu de vin avant de poursuivre son récit. Il faisait appel à sa mémoire.


-   C’est une longue histoire qui remonte à la guerre de Mysie. Après avoir saccagé la capitale, nous nous sommes partagé les esclaves. Agamemnon s’est vu offrir Chryséis, la fille du grand prêtre Chrysés. Chryséis est une jolie fille brune, de petite taille mais avec un visage attachant et des jambes effilées. Je crois qu’Agamemnon en a fait sa maîtresse. Elle était vierge, il l’a déshonorée et s’en vantait auprès de nous.

 

-   Ça ne m’étonne pas. Ton frère était un répugnant personnage, Clytemnestre a eu raison.

 

Je faisais allusion à son assassinat, dans sa baignoire, lors de son arrivée à Mycènes. Ce n’était pas malin de ma part. Je parlais de ma sœur, je parlais de son frère.

 

 

Je respirais un bon coup et arrivais à me calmer.

 

Ménélas me fixait. Et puis il rigola en affirmant.

 

-   Je te trouve bien expéditive !  

 

-   Oui ! Lorsque je suis en colère. Sinon, je suis plutôt douce.

 

Je lui tendis mes lèvres. Il me prit dans ses bras. Je m’y lovais.


 

-   Ménélas. Je t’aime, toi ! Tu es un héros et je ne crois pas que tu aies approuvé le comportement de ton frère.

 

Je revenais à mon sujet.

 

-   Et alors, il a gardé Chryséis en otage ?

 

-   Exact. Son père s’était réfugié entretemps en Phrygie et accepta la protection de Priam.

 

-   Laocoon a dû faire la tête, dis donc, avec Chrysés, ça lui faisait de la concurrence, m’amusais-je. Il n’a pas relevé ma plaisanterie.[1]


-   Les choses restèrent en l’état, jusqu’au début de la guerre contre Troie. Lorsque Chrysés a su qu’Agamemnon amenait sa fille dans le camp que nous avions dressé sur la plage, et en avait fait sa maîtresse, il exigea qu’on la lui rende et il nous a menacés des plus grands maux de la terre. Bien entendu, nous nous sommes moqués des prophéties de ce vieux fou.

 

C’est un mois plus tard que nous avons eu pas mal de malades parmi nos soldats.

 

La peste nous a pronostiqué Poladire, l’un de nos médecins et fils d’Asclépios. Nous étions effarés. L’épidémie se propagea et les chefs demandèrent qu’Agamemnon rende sa fille à Chrysés.

 

Il nous a fallu insister jusqu’au jour où il déclara qu’il acceptait à la condition qu’on lui donne Briséis en échange.

-   Et alors ? Comme cela tout s’est arrangé, constatai-je

 

-   Ça aurait pu, mais Briséis était une esclave appartenant à Achille. Il paraît qu’il en était amoureux. Je n’en crois rien, mais il passait ses nuits avec elle. Il faut dire que sa coiffure et sa poitrine étaient des appâts de feu ! Achille a refusé et il a failli se battre avec Agamemnon.

 

-   Pour une esclave ? m’étonnai-je.

 

-   Oui. Les chefs lui donnèrent tort et il refusa de reprendre le combat à nos côtés. Évidemment c’était fâcheux, mais l’épidémie s’est arrêtée dès que le grand prêtre a récupéré sa fille.

 

-   Et les combats ont pu reprendre, murmurai-je sur un ton qui marquait ma désolation.

 

 

Il se faisait tard et les moustiques profitaient de la pénombre pour venir tourner autour de nous.

 

Epioné, ma servante favorite, nous fit signe. Le souper était prêt et notre table était dressée dans mes appartements.

 



[1] Laocoon était le grand prêtre de Troie alors Chrysés était le grand prêtre de la Mysie, c’est pourquoi Hélène fait cette réflexion.