Frosine (Kyrá Frosýni)
Le 11 janvier 1801, Kyrá Frosýni et 16 femmes meurent d’une manière atroce sur l’ordre d’Ali Pacha qui gouverne l’Épire.
Les pieds et mains liés, elles sont jetées dans le lac Pamvotis qui borde la capitale Ioannina.
Frosyni est la nièce de l'évêque de Ioannina. Elle est mariée et aurait eu deux enfants. Elle a 28 ans lors de son exécution.
Frosyni est une belle jeune femme, érudite, pleine d’esprit, ouverte aux idées nouvelles qui s’appuie sur la pensée hellénistique et elle aime plaire.
Elle est la figure centrale d'une société qui célèbre les arts et la littérature et elle n’hésite pas à se montrer dans les salons, même en absence de son mari Dimítrios Vasilíou qui est un riche négociant.
Elle accepte volontiers les compliments de certains courtisans dont fait partie le propre fils d’Ali Pacha, Muhtar.
Ce dernier a-t-il eu des relations extra-conjugales avec elle comme le prétend la rumeur ? C’est peu probable ou alors, quelle imprudence de la part de la jeune femme.
Par contre il est possible qu’elle ait accepté des cadeaux, dont une bague qu’aurait reconnue, par la suite, l'épouse de Muhtar .
Cette femme est venue se plaindre auprès de son beau-père, par jalousie.
Une femme qui se montre aussi indépendante attise les convoitises et la médisance. On l’accuse d’avoir de nombreux amants. De religion orthodoxe, elle entretient sans doute des liens avec des ecclésiastiques et des gens suspectés d’être critique vis-à-vis d’Ali Pacha et sa manière féroce de museler toutes les rébellions.
Frosine ne voit pas le danger. Elle pense que sa beauté, son esprit, son appartenance à la bourgeoisie de Ioannina, ses relations avec le propre fils d’Ali Pacha, la protègent.
Elle participe d’ailleurs souvent à des soirées littéraires organisées par les proches d’Ali qui a fait venir d’occident des intellectuels
La jalousie, son système de défense, la veulerie de son amant supposé qui risque sa vie, la cruauté d’Ali Pacha font le reste.
Ali Pacha est non seulement un être cruel, même pour son époque, mais un sadique. Il prend plaisir à voir souffrir ses victimes.
Une rumeur nous donne une explication crédible.
Ali Pacha fait venir Frosyni et ses compagnes, pour une raison futile dans la forteresse de Ioannina où il réside. Peut-être a-t-il pris pour prétexte la tenue d'une soirée avec des hôtes de marque.
Elle s’interroge, mais à aucun moment elle ne voit le danger. C’est au cours de cette réception que la vérité supposée lui tombe dessus. Complot contre lui mené par des résistants grecs, infidélité envers son mari, tentative de corruption de son fils Muhtar.
Ali Pacha, qui vient de passer la soixantaine, lui fait des avances, mais la jeune femme, offusquée, le repousse.
Elle n’a pas compris que cet abject personnage, responsable de tant de crimes, imbu de sa puissance, ne peut tolérer qu’une femme puisse parler devant lui, librement, et puisse lui résister.
Il s’emporte soudain. Il la menace, elle ose lui répondre. Elle crie à la calomnie.
Quand elle s’aperçoit qu’elle se met en danger, il est trop tard. La sanction est épouvantable.
Il fait venir ses gardes qui l’empoignent.
Elle crie, elle pleure, elle se débat, elle hurle de terreur, mais rien n’arrêtera l’abominable châtiment qui l’attend.
L’une de ses suivantes qui apporte son témoignage sur les infidélités de sa maîtresse et sur ses relations avec des Grecs ou des Souliotes, aura la vie sauve.
Le soir même, alors que la nuit tombe sur les eaux noires du lac, une barque emmène les femmes ligotées jusqu’à l’endroit le plus profond.
Les muets au service d’Ali Pacha les jettent, les unes après les autres, par-dessus bord.
Les hurlements de terreur et de désespoir des innocentes victimes n’y changent rien, bien au contraire ;
Ali Pacha jubile. La colère, sa fureur soudaine, sa férocité, sa jouissance s’entremêlent.
Les cadavres sont récupérés puis enterrés. On raconte que leurs maisons ont été murées et leurs biens confisqués.
Cela accrédite la thèse selon laquelle ce massacre est justifié par l’existence d’un complot.
Il n'existe pas d'explication pour l’exécution des femmes arrêtées avec Frosýni, mais il est probable qu’elles faisaient partie de salons dans lesquelles des idées indépendantistes commençaient à se répandre.
Ali Pacha régnera encore pendant plus de vingt ans avant que le nouveau Sultan monte contre lui une expédition militaire. Il est exécuté, le 24 janvier 1822, par traitrise, sur l’ile située au milieu du lac dans lequel Frosine est morte de manière atroce.
