Iphigénie

 

Iphigénie est la fille aînée de Clytemnestre et d’Agamemnon. Elle a été immolée sur l’autel du temple d’Artémis à Eretria pour que la flotte grecque, qui va attaquer Troie, obtienne d'Artémis et de Poséidon des vents favorables.


Ce que prétend le mythe grec

Les Achéens réussirent à rassembler une coalition grecque pour laver l’affront fait à Ménélas lors de l’enlèvement de sa femme Hélène.
La flotte grecque se trouvait dans la baie d’Aulis où elle était protégée des tempêtes par l’île Eubée. En attendant la fin du rassemblement des troupes alliées, les Achéens s’adonnaient à la chasse.


Un jour, Agamemnon pénétra, par inadvertance, dans un bois consacré à la déesse Artémis et il tua une biche sacrée. Il alla même jusqu’à se vanter de son forfait en déclarant que la déesse de la chasse n’aurait pas tiré aussi bien à l’arc.


Avec l’aide de Poséidon, l'intransigeante Artémis, offensée, empêcha les vents de souffler et bloqua ainsi les navires grecs qui étaient enfin prêts pour l’expédition.    
Ce fut alors que le devin Caldas révéla que, pour apaiser la colère de la déesse, il fallait sacrifier sur son autel Iphigénie. Après avoir longuement hésité, Agamemnon envoya un message à sa femme pour qu’elle fasse venir leur fille à Aulis. Il trouva comme prétexte un mariage avec le héros Achille.


Clytemnestre, enchantée, arriva au camp des Grecs avec Iphigénie. Elle découvrit la supercherie puisque Achille lui-même n’était pas au courant. Il promit à Clytemnestre de tout faire pour empêcher le sacrifice mais les autres chefs de la coalition s’y opposèrent.


Ce fut finalement Iphigénie qui donna la solution. En voyant tant d’hommes prêts à perdre la vie pour sauver l’honneur de son oncle Ménélas, elle s’avança de son propre gré vers l’autel pour y être sacrifiée.


Au moment où Caldas soulevait le couteau pour égorger la jeune fille, Artémis enleva celle-ci et la remplaça par une biche. Elle emmena Iphigénie en Tauride où elle en fît la prêtresse de son temple.

               
Ce qui s’est passé 

La majorité des chefs grecs doutait de l’intérêt de faire la guerre aux Troyens. Bien entendu, ils étaient favorables à la destruction de cette puissance maritime qui contrôlait le détroit de l'Hellespont (les Dardanelles), mais le prétexte de l’enlèvement d’Hélène par le fils cadet de Priam leur paraissait dérisoire.


Clytemnestre, lorsqu’elle reçoit le message à Mycènes, ignore que ce sont les autres chefs grecs qui se méfient d'Agamemnon et qui ont exigé des preuves de sa détermination à les conduire à la victoire.


Si elle avait su, elle s’y serait opposée. Elle sait que l’enlèvement d’Hélène est un faux prétexte pour faire la guerre. Certes, sa sœur, qui vient d’accoucher d’Hermione, a eu une courte aventure avec Pâris lors des fêtes d’Aphrodite à Chypre, mais elle sait bien qu’elle est partie ensuite vers la terre de leurs ancêtres Danéens, en Égypte.


Pâris s’est vanté d’avoir tenu la reine de Sparte dans ses bras et alors ? Lors des fêtes de la déesse de l’amour, Aphrodite, tout n’est-il pas permis sans qu’il y ait outrage ?   


Clytemnestre est restée à Mycènes où elle gère avec l’appui de son cousin Egisthe le royaume en l’absence des principaux guerriers. Elle a envoyé Iphigénie en s’étonnant, mais à aucun moment elle n’a imaginé que son piètre mari allait accepter l’assassinat de sa propre fille. 

 
Le sacrifice d’Iphigénie est raconté dans ce court extrait du roman « l’ombre de Polycaste »  
- Ce fut un drame affreux. Jamais je n’avais perçu autant cette scène atroce que lorsque je me suis arrêté devant le splendide bas-relief qui représente, d’une manière épouvantablement naturelle, le sacrifice d’Iphigénie. La jeune fille se retrouve, nue, hébétée, au milieu de guerriers qui n’ont aucune compassion pour elle.

Ils attendent de cette immolation les vents favorables que leur a promis Artémis. À droite, un seul personnage semble bouleversé. Il a posé un drap sur sa tête, en signe de deuil, déjà ! Agamemnon n’a plus le choix. Il a fait venir sa fille de Mycènes.

C’est avant qu’il fallait refuser l’inacceptable. Maintenant il est trop tard. Sauf à perdre la face devant les autres chefs qui, déjà, ont du mal à accepter que le commandement soit exercé par ce velléitaire.

Iphigénie ne comprend pas. Pas encore. Mais le bourreau va bientôt l’égorger sur l’autel des sacrifices, comme un vulgaire agnelet. Elle va perdre la vie par celui en qui, depuis toujours, elle avait une confiance aveugle.

Il y a dix jours encore, elle se trouvait dans le palais de Mycènes lorsqu’une des suivantes lui a dit que son père avait transmis un message. Lorsqu’elle avait surpris sa mère en train de pleurer, elle avait craint qu’il lui fût arrivé quelques malheurs.

Partie sereine pour le rejoindre, elle se retrouve ainsi. Comme une bête traquée. Lorsqu’elle va enfin comprendre que son père ne fera rien pour la sauver, elle va se débattre, crier la haine qu’elle a pour ces hommes et pour son géniteur. Pour la faire taire, on va la bâillonner et répandre son sang virginal en faisant des incantations à la terrible déesse.  

 

Iphigénie ne comprend pas. Pas encore. Mais le bourreau va bientôt l’égorger sur l’autel des sacrifices, comme un vulgaire agnelet. Elle va perdre la vie par celui en qui, depuis toujours, elle avait une confiance aveugle.

Il y a dix jours encore, elle se trouvait dans le palais de Mycènes lorsqu’une des suivantes lui a dit que son père avait transmis un message. Lorsqu’elle avait surpris sa mère en train de pleurer, elle avait craint qu’il lui fût arrivé quelques malheurs.

Partie sereine pour le rejoindre, elle se retrouve ainsi. Comme une bête traquée. Lorsqu’elle va enfin comprendre que son père ne fera rien pour la sauver, elle va se débattre, crier la haine qu’elle a pour ces hommes et pour son géniteur. Pour la faire taire, on va la bâillonner et répandre son sang virginal en faisant des incantations à la terrible déesse.

     

V14-ITG 420A Parme musée immolation dIphygénie

Photo Michel Ledeuil : tableau exposé au musée de la Pilotta à Parme


L'analyse historique

Si Homère a enjolivé le sacrifice d’Iphigénie, c’est parce qu’il lui est difficile d’admettre que les Grecs pratiquent le sacrifice humain et qu’un père peut envoyer à la mort sa propre fille.


D’autres auteurs grecs se sont emparés de cette histoire. Euripide a réalisé une pièce de théâtre « Iphigénie en Tauride » mais il écrira plus tard une autre tragédie « Iphigénie à Aulis » dans laquelle il admet en ces termes qu’Iphigénie a été immolée :

Dans l’exodos, un serviteur rapporte à Clytemnestre dans le palais de Mycènes comment c’est déroulé le sacrifice de sa fille :
 - Voilà ce qu’Agamemnon m’envoie te dire, les hauts destins auxquels les dieux élèvent Iphigénie et la gloire immortelle qu’elle aura dans la Grèce. J’étais là et j’ai vu ce que je te raconte. Ta fille, c’est bien clair, s’est envolée parmi les dieux. Calme ta douleur, pardonne à ton époux. C’est quand l’homme y pense le moins que les dieux interviennent pour sauver ceux qu’ils aiment. La présente journée aura vu mourir et revivre ta fille.    

 

Dix années plus tard, Clytemnestre vengera sa fille en faisant assassiner son mari dans sa baignoire à Mycènes alors qu’il revient triomphant de Troie en ramenant Cassandre, la fille aînée de Priam, comme esclave.